RESTAURER LE BOCAGE BRETON :

de multiples intérêts
mercredi 18 juillet 2018
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Au total, depuis 2010 , ce sont plus de 140 kilomètres de travaux destinés à la restauration du bocage qui ont été réalisés dans le cadre du SAGE du Bas-Léon. En 2020, plus de 100 kilomètres devraient venir s’y ajouter. Les bénéfices de ce travail de longue haleine sont nombreux.

Un peu d’histoire : l’érosion du bocage

Le terme bocage désigne un paysage rural constitué de plusieurs éléments :
● des parcelles cultivées ou non : prairies, pâtures, cultures, bois, jachères,vergers…
● des murets, haies, talus plantés ou nus, arbres solitaires ou alignés, délimitant des parcelles plus ou moins grandes.
Pour la Bretagne, au sortir de la guerre 39-45 le linéaire total des haies et des talus est estimé à 250 000 kilomètres. Le bocage, trait caractéristique de notre paysage rural, atteint alors son apogée.
Il s’ensuit une lente régression essentiellement sous l’effet conjugué de la mécanisation agricole et du réaménagement foncier de nos campagnes (initiatives individuelles ou collectives, remembrements, drainages…). Les données 2007-2015 évaluent le linéaire bocager breton à 114 500 kilomètres en recul de 54% par rapport à 1950. Il est composé de 60% de haies dites à haut jet (constituées de une, deux ou trois strates). Ce linéaire semble actuellement se stabiliser. Par extension, les haies et talus de jardin peuvent être considérés comme du bocage urbain
La régression constatée n’est pas uniquement d’origine agricole : elle peut aussi provenir de maladies (ex.graphiose), de sécheresses, du grignotage urbain et routier… Elle provient aussi de haies et talus qui se dégradent lentement faute d’entretien correctement réalisé.

[Voir portail Geo Bretagne pour visualiser l’évolution du bocage par commune .

Intérêts des haies et des talus bocagers

Depuis bientôt une vingtaine d’années nous assistons à une prise de conscience de l’intérêt des haies et talus pour diverses raisons :
Améliorer le paysage :
favoriser l’insertion paysagère, mieux intégrer les bâtiments, maintenir et valoriser les chemins bocagers.

Aspects agronomiques :
effet brise vent : une haie abrite en moyenne sur une distance de 15 fois sa hauteur soit 75 mètres pour une haie de 5 mètres de haut.
effet climatique : temporisation de la température avec 1 à 2 °C de plus l’hiver pour 1 à 2 °C de moins l’été.
limitation de l’érosion des sols lors des fortes précipitations (effet barrière et stockage de l’eau) avec moins de boues sur les routes et dans les fossés.
effet clôture et abri pour le bétail (microclimat).
favorise la pollinisation et la fructification des cultures.

Aspects économiques :
augmentation des rendements estimé de plus 6 à plus 20% selon le contexte (qualité de la haie, exposition aux vents, qualité des sols…)
production de bois : bois d’ouvrage pour les arbres de haut jet (billes ≥ 5 mètres ) et bois de chauffage pour le reste.
éligibilité aux aides PAC pour les agriculteurs.

Aspects environnementaux :qualité des eaux et du sol .

limite le transfert des polluants (azote, pesticides) à la rivière.
limite l’intensité des crues .
favorise l’épuration naturelle des eaux (effets filtre du sol)

Aspects biodiversité.
zone d’habitat, de nourriture et de refuge pour la faune et la flore .
rôle de corridor écologique :déplacement des espèces animales et végétales sur les linéaires pour une meilleure colonisation .
accueil et développement des auxiliaires de cultures :l e bocage peut héberger jusqu’à une centaine de ces auxiliaires (oiseaux, chauve-souris, insectes et araignées carnivores, carabes…) qui vont limiter le développement des ravageurs (pucerons, chenilles, limaces, campagnols…).

Le bocage réservoir de biodiversité

Les haies, talus plantés et ourlets herbeux abritent un grand nombre d’espèces tant animales que végétales. Cet ensemble constitue un écosystème qui interagit aussi avec les écosystèmes avoisinants : prairies, cultures, bandes enherbées…(effet lisière). Plus le maillage bocager sera diversifié et connecté plus la biodiversité sera riche avec à la clé des auxiliaires de cultures importants en quantité et en qualité. Un couple de mésanges bleues peut consommer entre 8 et 12 000 chenilles sur une période de 15 jours pour nourrir ses poussins. La chouette effraie attrape environ 10 000 campagnols par an, tandis qu’une chauve-souris peut ingérer 3000 insectes par nuit ! Pour les biologistes le véritable bio indicateur de la qualité d’une haie est le carabe (petit coléoptère) qui peut dévorer plus de 100 pucerons par jour quand d’autres mangent des limaces pouvant peser plus de 3 fois leur poids !

Les Photos : plantation 2018 d’une haie bocagère du Carpont - Plougerneau

Un autre article sur ce même sujet est en cours de préparation


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